Correspondence de l’Academie de France a Rome, 1739

Correspondence des Directeurs de l’Académie de France a Rome […] publiée D’après les manuscrits des Archives nationales par M. Anatole de Montaiglon et M. Jules Guiffrey, vol. IX, 1733-1741 (Paris, 1899)

4161. Le Duc de Saint-Aignan a Amelot.

“A Rome, ce 17 janvier 1739.

Dimanche dernier, Monsieur, l’Académie de Saint-Luc pour la peinture, sculpture et architecture, établie en cette ville par Clement XI, procéda enfin à la distribution de ses prix dans la grande salle du Capitole, en presence du prince electoral, de douze Cardinaux et d’un grand nombre de prélats ou autres personnes distinguées de cette cour, le camerlingue en ayant fait les honneurs. On n’y a vu concourir aucun de nos élèves, et un seul sculpteur de la nation [Jean-Baptiste Pigalle], qui n’est pas du nombre, ayant travaillé à mon insçu en se faisant passer pour Avignonnois, je luy ay si bien persuadé, lorsque j’en ay eü connoissance de ne pas contrevenir aux ordres de S.M., qu’après avoir fait tout ce qui luy estoit possible pour retirer son modèle, un de ces prix luy a esté adjugé sans qu’il se soit présenté pour le recevoir, sacrifice dont il me paroist qu’il seroit juste que S.M. daignât luy tenir compte, en récompensant son obeisance. Je serois bien tenté de proposer aussi l’établissement d’un concours pour nos Académiciens, dans la vüe de les dédommager de l’occasion dont ils ont esté privés de s’acquérir icy de la reputation; vous sçavez comme je pense pour tout ce qui peut nous faire honneur, mais je ne voudrois pas qu’on me reprochât de m’ingérer de ce qui doit regarder le directeur de notre Académie.

Il m’appris que le prince electoral ayant désiré qu’il fît porter chez lui le portrait du Roy [bust of Louis XV], il s’en estoit excusé, ne croyant pas qu’il convînt de le déplacer; sur quoy, le prince avoit dit qu’il iroit le voir. Tout ce que cela m’a paru exiger de moy estant de luy recommender de tenir les appartemens en estat pour n’estre pas surprise, et de dire un mot comme de luy-mesme à M. de Wackersbat afin d’empescher qu’il ne prît envie au camerlingue de nous mettre dans l’embarras en se présentant à la suite du jeune prince pour entrer dans un palais apartenant à S.M. sur la porte duquel se trouvent ses armes et dont le Suisse porte sa livrée.” [the preceding in italics originally encoded]

 

4163. Le Duc de Saint-Aignan a Amelot.

“A Rome, ce 31 Janvier 1739.

[…] Il faut que le prince électoral de Saxe se croye dispensé par infirmities de faire aucune visite; en tout case, je n’auray rien à pretendre à cet égard, tant qu’il n’en usera pour moy que comme il fait pour les Cardinaux Acquaviva et Belluga, leur exemple devant me servir de règle. Je vous ay marqué que ce prince avoit esté le premier à m’envoyer souhaitter les bonnes festes; peut-estre M. de Wackerbath à esté bien aise de suppléer par là au deffaut de la visite, et il se pourroit aussi qu’il l’engageât à venir un des jours de ce Carnaval au palais de l’Académie, dont vous sçavez que je fais les honneurs à la noblesse de Rome, pour y voir les mascarades et les courses de chevaux […]”

 

4184. L’Abbé Certain a Amelot.

(Nouvelles de Rome.)

“A Rome, le 17 avril 1739

[…] Le prince électoral de Saxe vint, il y a quelques jours, voir l’Académie de France dont il parut très content. S.A.Ḗ. voulut voir non seulement les excellents morceaux de sculpture qui s’y trouvent, mais encore les différents ouvrages des élèves qui sont sur le métier. Le directeur luy montra des tableaux qu’il fait pour le Roy, sur lesquels le prince fit beaucoup de questions. M. l’Ambassadeur luy envoya un rafraîchissement magnifique, avec ses gentilshommes et ses pages pour le servir; mais S.E. ne jugea pas à propos de s’y trouver, ny d’en faire les honneurs. C’est pourtant la maison du Roy; mais aussy il est assez extraordinaire que le prince, après avoir été visité deux fois par l’Ambassadeur de S.M., ne soit jamais venu le voir. Ses infirmitez ne peuvent luy servir de prétexte, puisqu’elles ne l’empêchent pas de courir tout le jour. Les difficultez du cérémonial avec les Cardinaux n’on nulle application icy parce que, hors les Cardinaux Belluga, Aquaviva et le camerlingue, aucun n’a fait visite au prince comme a fait le ministre du Roy. Ainsy, je pense que S.E. a très bien fait de s’absenter de l’Académie quand le prince y est venu. Je sçais qu’il l’a senti aussy bien que toute sa maison, et en particulier le comte de Vakerbarth. Nous en voyons les effects; on ne manquera pas d’en rendre compte au roy Auguste; nous jugerons de la manière que S.M. aura pris la chose par les ordres qu’elle donnera et par la conduitte que tiendra son fils […]”

 

4188. Le Duc de Saint-Aignan a Amelot.

“A Rome, ce 25 avril 1739

J’ay bien des excuses à vous demander, Monsieur, d’avoir oublié, je ne sçay comment, à vous apprendre par mes dernières dépesches que le prince électoral de Saxe avoit esté voir notre palais de l’Académie, en vous rendant compte de la manière dont cela s’étoit passé. Il envoya icy la veille un des officiers de sa suite pour me dire qu’il désireroit d’y aller le lendemain au matin, et que ce seroit, si je le trouvois bon, sur les neuf heures. Je ne sçay si l’intention de M. de Wackerbat n’auroit point esté que, m’y trouvant, cela pût tenir lieu de la visite qui m’étoit duë, mais, instruit sur ce sujet des intentions de Sa Majesté, je me contentay de répondre que je ne manquerois pas de faire avertir le directeur, lequel iroit recevoir les ordres de M. le comte de Lusace, ce qu’il fit le même soir. Le jour suivant, le prince s’étant rendu audit palais, il y trouva pour le recevoir une partie de mes gentilshommes, mes pages et toute ma livrée, avec toute sorte de rafraîchissemens. Il parcourut les différents ateliers et parut prendre beaucoup de plaisir à examiner en détail les ouvrages de nos jeunes élèves, ainsi qu’un grand tableau que le Sr. de Troy fait actuellement pour Sa Majesté, m’ayant fait remercier l’après-midy par le même officier dont j’ay parlé cy-dessus […] ”

 

4196. Amelot au Duc de Saint-Aignan.

“A Marly, le 12 may 1739.

Le Roy ne désapprove point, Monsieur, le party que vous avez pris de ne vous point trouver au palais de l’Academie le jour que le prince électoral de Saxe y a été. Il eût même été plus convenable que les rafraîchissemens qu’il y a trouvez eussent été plustôt sur le compte du directeur que sur le vôtre et que vous n’y eussiez point envoyé vos pages ny vos gentilshommes, pour luy faire mieux sentir combien il avoit manqué à l’ambassadeur de Sa Majesté […]”

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