Wackerbarth dispatch (Abschickung) dated Nov. 11, 1738, Naples (for Nov. 3 – 9, 1738)

“Naples 11 Novbre. 1738 [for Nov. 3-9, 1738]

Le 3me. Novembre. La Cour, qui le jour au paravant avoit envoyé à Portici deux felouques pour le transport du baggage, et d’une partie des Domestiques de S.A.Rle., envoya 12. chevaux de voiture pour le transport de ses Officiers. S.A.Rle., qui avoit bien passé la nuit partit à 9. heures de Portici, et arriva à 10. heures et un quart à Naples.

Le Roy etoit à la chasse des aloüettes près de la Madalena; mais la garde eût Ordre de laisser passer le Prince Royal par le chemin, qui étoit interdit aux autres pendant la dite chasse. LL:MM. survinrent peu de tems après, et le Prince Royal alla du côté de la Reine, ou après avoir felicité LL.MM. sur leur arrivée en Ville, il les pria de passer dans une chambre voisine, ou il y avoit quelque chose, que la Reine devoit connoitre. C’étoit un Service de Porcellaine de Saxe dressé sur des tables avec les glaces, et cristaux appartenans à un desert. LL.MMtés. temoignerent de l’aggreer infiniment, et permirent à plusieurs Dames, et Cavaliers de l’alelr voir.

S.A.Rle. dina en public dans son appartement. Les tables furent servies de la même maniere, qu’avant nôtre depart pour Ischia, et le Comte Pappacoda reprit auprès de S.A.Rle. la fonction del Maggiordomo. Elle fut vers le soir à la comedie Italienne, ou le Roy l’avoit invite le matin, et se retira ensuitte dans son appartement, ou Elle soupa en public.

Le 4me. jour du nom du Roy, S.A.Rle. envoya vers le matin le Chambellan Comte de Brühl ches le Roy pour le prier de lui faire savoir à quelle heure il seroit commode à LL.MM., qu’Elle vint en personne les feliciter. Le Comte de Brühl fut introduit ches S.M., qui lui dit qu’Elle feroit averter le Prince de passer chés elle pour y diner. Au sortir de la Messe le Roy, et la Reine admirent tous les Cavaliers, Officiers militaires e& à leur baiser la main. Ce qui dura plus d’une heure. Ce même monde passa ches S.A.Rle., qui le reçut à plusieures reprises pour n’étre pas obligé de rester si longtems debout. Elle passa ensuite du côté de la Reine, et fit un compliment convenable à LL.MMtés., qui se tenoient seules dans la Chambre du lit. La Reine etoit parfaitement bien mise, ayant sur elle la plus part de ses piereries.

Les viands étant pretes on se mit à table, et le Comte de Fuenclara, qui d’ailleurs se tenoit derrier le fauteuil de la Reine se plaça à l’endroit, ou se tiennent les Ambassadeurs, et Ministres Etrangers.

L’Ambassadeur de France Salua la Reine au passage de la porte, et après en avoit fait autant à l’egard du Prince Royal, il s’eclipsa, et n’assista pas à la table apparament pour eviter toute sorte de competence avec le Comte de Fuenclara.

Le Nonce ne parut point n’ayant pas encore fait son entrée publique, et la même raison retint au logir le nouvel Envoyé de Gene, car à cette Cour-cy les Envoyés font aussi leur entrée, ce qui n’est pas d’usage ailleurs.

Le Cardinal Archeveque eut audience de LL.MM vers les 5. heures du Soir après quoi les Dames furent admises à baiser la main à la Reine. De là on passa au theatre, ou S.A.Rle. fut placée comme du passé à côté de la Reine. On y representa la Clemenza di Tito, qui moyennant un prologue, et les Ballet dura 5. grosses heures, ce qui fit dire au Roy un bon mot, l’appellant l’inclemenza di Tito.

Le musician Cafariello, dont on faisait tant de bruit, et qui represente un des premieres roles à la voix fort inegale. D’ailleurs les decorations, et les ballets en sont magnifiques.

Le 5me. S.A.Rle., qui à cause de l’Opera avoit veillé plus qu’à l’ordinaire se levat assez tard, et entendit las messe chés lui, son Antichambre fut remplie de Noblesse.

L’heure de l’installation des Chevaliers approcha, je me rendis du côté du Roy et j’entrai dans la Chambre, ou S.Mté. s’habilloit. Je lui baisai la main après quoi je lui fis un compliment convenable.

À peine les 10. heures etoient sonées, que le Roy precedé des Novices, et des Profés s’achemina vers la Chapelle. S.M. étoit revetu de l’habit, et du Collier de l’Ordre, et avoit un jonc à la main. Les Profés à la distinction des Novices avoient le manteau, et le Collier de l’Ordre.

S.M. se plaça sur un Estrade eleve de trois marches, un prie dieu devant, et un grand fauteuil derriere Elle. Il y avoit à sa droite un peu en arriere un tabourret pour le Grand Maitre, et un autre à la gauche pour le Capitaine des Gardes.

La Reine avec des Dames etoit dans une Chappelle vis à vis. Le Prince Royal voyoit la fonction d’une tribune au dessus de la dite Chappelle, ou on avoit mis un prie Dieu, et un fauteuil.

Les Chevaliers Profés etoient sur un banc à côté du Trône, et les Novics se tenoient à genoux sur le marche pied de l’Aûtel, qui etiot couvert de’un tapis. Les Officiers de l’ordre etoient placés sur un banc presque vis à vis du Trône.

stjandec

Charles as King of Spain with the Order of St. Januarius
Charles as King of Spain with the Order of St. Januarius

Après qu’on eût dit une messe basse, et que l’Archeveque de Capue fût arrivé, deux Chevaliers Profés allerent prendre le Secretaire de Justice Tannucci, qui fut installé Grand Maitre de Ceremonie. Ensuite deux autres Profés allerent prendre ceux d’entre les Novices, qui n’avoient pas encore été frappés Chevaliers, et les menerent au pied du Roy, ou s’étant mis à genoux, ils furent frappés par S.M., comme de coutume. Elle étoit assise, et on avoit ôté devant Elle le prie Dieu. Après cela tous le novices ensemble se rendirent à l’autel, ou en touchant l’Evangile pendant, qu’on faisoit la lecture du Serment ils dirent à la fin Cosi giuro. S’étant ensuitte rangés Selon leur ancienneté les deux Profés les conduisirent successivement devant le Trone, ou le Roy après avoir aidé à leur mettre le manteau, et le Grand Collier de l’Ordre leur donna l’accollade, et ils baiserent la main à S.M. Ils furent ensuite menés pour prendre sur le banc la place, qui leur appartenoit selon leur anciennete. Après avoir embrassé un à un leurs Confrêres. La fonction finit par le Te Deum, qui fut intonné par l’Archêveque de Capue, après quoi on se retira dans l’appartement du Roy. La fonction eût beaucoup de lustre; L’habit de l’Ordre étant tres magnifique. Il consiste dans un justaucor de glacé d’argent galone d’or, le manteau, qui est fort ample et trenant est d’un satin ponseau brodé à fleurs de lis d’or, et doublé d’une etoffe blanche brochée en hermines. La veste, les culottes, et le Centuron, que l’on porte par dessus le justaucor sont l’advenant du manteau, et le plume de Chapeau est aussi couleur de ponseau. Le Collier est artistement travaillé entre melé des Chiffres du Roy, de fleurs de lis, et des attributs de St. Janvier.

Le Roy s’étant deshabillié les Chevaliers en firent de même, et prirent le Cordon rouge à la place du Grand Collier. LL.MMtés. dinerent en public, et le Prince dina dans son appartement. La foule des Courtisans y fut tres grande, tous les Chevaliers s’étant presentés à S.A.Rle., qui les embrassa dans sa Chambre en qualité de Confreres, ne l’ayant pas pû faire à la Chappelle. L’après diner Elle fut se promener à Chiaja, et après avoir assisté à la Comedie Italienne Elle revint Souper ches Elle.

Le 6me. Pendant que LL.MM. entendoient la Messe dans leur Chappelle Monseigneur le Pce. Royal se rendit à l’appartement de la Reine. La Messe finie le Roy l’introduisit dans la Chambre du lit, et s’apperçevant, que S.A.Rle. en prononçant Son compliment s’atteindrissoit, le laissa seul avec la Reine. La separation fut tendre à un point, que le Roy se crût obligé de venire dire, que tout etoit prêt. LL.MM. se mirent en chaise pour aller par terre jusques vis à vis de Procida, ou on apprit le meme jour, qu’Elles etoient arriveés heureusement ayant fait le traject en 30. minutes, la mer étant fort calme.

Le 7me. Monseigneur le Prince Royal alla entendre la Messe al Giesú Vecchio, et vit ensuitte tout le College procurant une Semaine de Voccanze aux Novices, et aux Ecoles publiques.

À Son diné la Cour fut aussi nombreuse, que le jour precedent. L’après diner S.A.Rle. alla voir les carosses de parade, et au même tems un petit Carrozzino, que j’ai fait faire pour Son voyage. Le soir la Duchesse de Sora, la Duchesse del Vito, et plusieures autres Dames vinrent prendre congé de S.A.Rle. qui souppa en public, et à qui les Principales charges militaires vinrent demander la parole, ou soit l’Ordre.

Le 8. S.A.Rle. fut entrendre la messe aux Girolimini, ce sont les peres de l’Oratoire. Elle vit la belle Sacristie, qui est peinte par Solimene, et la biblioteque, dina en public avec le cortege Ordre. et vit l’après diner l’appartement du Roy pour y observer les tableaux, qu’on y a disposé en grand nombre.

L’Ambassadeur de France y survint, et voulut l’accompagner poliment par tout. Le soir la Duchesse de Castro Pignano, la Marquise Foscaldo, la Princesse de la Rocca, et d’autres Dames furent prendre congé de S.A.R. qui joua une partie de troix Sept avec les premieres.

Le 9. Elle alla entendre la Messe aux Grands Dominiquains, et vit parmi les autres choses la Cellule, qui avoit serve à St. Thomas d’Acquin, la biblioteque, et le refectoire de ce grand Couvent. À Son retour Elle trouva l’AntiChambre pleine de Noblesse, donna la parole, et dina en public. Elle employa une partie de l’après diné à voir les medailles, les Camayeux, et le Magazin des peintures, et des livres de la maison farnese. Tous ces meubles precieux sont en grand desordre sous le toit à faute d’endroit pour les placer.

Le Comte Fuenclara fut le soir chez S.A.Rle., qui vit ensuite le Nonce; Elle le reçut de bout ainsi, qu’Elle avoit fait, l’Ambassadeur de France, en repondant d’une maniere convenable au compliment, qu’il luy fit.

Les Dames de la Cour furent ensuitte chez S.A.Rle. pendant qu’elle faisoit une partie de troix Sept avec des Cavaliers.

Madame la Duchesse de Caravizano Guarda Maggiore des dittes Dames prit part au jeu.

LL.MM. avoient fait part ce là de leur chasse à S.A.Rle. en lui envoyanat quelques faisans.

Je fis partir d’avance le Major Bulow comme aussi plusieurs Domestiques pour Rome. Le Comte Charni fournit au dit Officier des passeports. Le Secretaire d’Etat Brancaccio me dit, que les Ordres etoient donnés aux Doûaniers pour que tout ce qui appartient à S.A.Rle. puisse passer librement.

J’ai l’honneur d’etre avec le plus profond respect

Sire                  de Votre Majesté

à Naples ce 11e. 9.bre. 1738.

Le plus-humble plus-obeissant et soumis Serviteur J. de Wackerbarth”

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